vendredi 21 janvier 2011

De l'art d'avoir toujours raison

Salut l'ami, ça faisait un bail, hein ?
Aujourd'hui, je vais te parler des gens qui ne veulent jamais avoir tort, et comme j'en côtoie au quotidien, j'ai un peu décortiqué leur façon de faire, et je crois que je vais m'en inspirer parce qu'ils sont vraiment trop forts.
T'as déjà dû avoir affaire à un gus qui veut toujours avoir raison, pas vrai ?

La règle n° 1 quand t'es comme ça, c'est d'avoir toujours un air supérieur. Ça peut se traduire de différentes façons, par exemple, ça peut être une posture, une démarche, une intonation de voix, un regard... Quand tu optes pour la démarche, en général ça donne à peu près ça : raide comme un piquet, les bras comme téléguidés (comme dans Terminator, tes bras ils bougent le long de ton corps, parallèles : "pvvvvt pvvt, pvvvvvvvt"), et surtout, le menton fièrement porté, comme les coqs qui se la pètent le matin quand ils braillent. Et toi, t'es tellement fûté que tu crois que ça te rend plus fort.

Ensuite, règle n° 2 : parler comme si tu t'en foutais de tout. Blasé. Du genre, quelqu'un arrive de super bon poil, toi, tu vas lui dire un "bonjour" froid pour surtout pas montrer que t'as des émotions. J'veux dire, voilà quoi, des gens heureux t'en as vu d'autres, tu vas pas te donner le mal de sourire à quelqu'un d'agréable, t'as autre chose à foutre. Surtout si cette personne n'a qu'une importance minime pour toi : ton boss ou un mec qui peut te signer un contrat de plusieurs milliers, bizarrement lui tu vas lui sourire, mais les autres... inutile.

Règle n° 3 : pour avoir toujours raison, il faut toujours dire le contraire de ce que disent les autres. Du genre tu sais tout mieux que tout le monde. Par exemple, un jour tu vas dire "j'veux un costume cravate beige pour mon séminaire". Pis le lendemain, une fois qu'on t'apporte un superbe costard beige de marque qu'on s'est bien fait chier à trouver, même que c'était le dernier et qu'on a, pour couronner le tout, réussi à négocier le prix pour l'avoir à - 50%, on te dit fièrement "c'est un beau beige, n'est-ce pas ?", ben toi, au lieu d'être content (n'oublie pas la règle n° 2, tu t'en fous), ben tu dis "putain ! Je vous avais dit marron, le costard !" Juste histoire d'emmerder ton monde, quoi. Fun, hein ?

En n° 4, tu as le don de savoir jongler entre "j'te fais confiance" et "j'te prends pour une merde". Si tu es habile dans ce domaine, tu arriveras parfaitement à faire perdre toute confiance en eux aux débiles qui t'entourent. Du genre, tu peux par exemple très bien demander à un gars ne parlant que le français de traduire un texte de loi tchékoslovaque en russe, sans lui fournir le moindre dico et en lui lâchant un petit "vous me faites ça ?" qui laisse sous-entendre que si toi tu le fais pas, c'est pas parce que tu parles pas un mot de russe, c'est de toute évidence parce que t'as pas le temps. Et puis tu l'engueuleras le lendemain parce qu'il n'y arrive pas, tu montreras ta déception ("tout de même, c'est pas sorcier, merde !") et du coup, tu lui demanderas un truc plus simple, comme par exemple trier les fourchettes ensemble et les couteaux ensemble : "ça va, vous vous en sortez ?".

Autre point important, n° 5 : ne jamais céder. Par exemple, il arrive parfois que tu aies affaire à des gens qui en ont dans le froc, et qui te disent tes 4 vérités quand t'es trop relou. Ben dans ces moments là, il ne faut surtout pas flancher ! Faut dire quelque chose comme : (rictus) "attendez, vous êtes en train de me reprocher de faire mon travail, là ?"
Cette phrase, elle marche pas à tous les coups mais dans l'ensemble, elle te sauve la mise un bon 8 fois sur 10. Et si jamais t'as vraiment un type chiant en face de toi (le genre de mec, de gauche, la trentaine à peine sonnée et un peu féministe sur les bords... les pires !) et que ce prétentieux ose te faire remarquer que tu avais dit beige, et non pas marron, alors là, faut lui donner le coup de grâce : (inclinaison de la tête) "écoutez, je sais encore très bien ce que je dis, et arrêtez votre air supérieur là, ça m'agace." Ben évidemment !

Ce qui m'amène à la règle n° 6 : se contredire et retourner la faute sur les autres ! C'est tellement plus simple, sérieux ! "Écoute mon gars, t'es con, t'es con ! Moi j'y peux rien ! Si t'as le QI d'une huître et que t'es même pas capable de comprendre marron quand je te dis beige, c'est quand même pas de ma faute, si ?!" En tout cas, toi, tu es tellement parfait que ça ne peut même pas te venir à l'esprit que peut-être, éventuellement (une hypothèse, comme ça, hein...) tu aurais pu peut-être manquer de précision dans tes propos et que du coup, le débile profond en face de toi aurait compris beige au lieu de beige... Ben non. Ah non non non, pas possib' ça. C'est lui qu'est con, c'est jamais toi ! "J'avais dit beige oui ou non ?! Oui ? Et ben voilà, pourquoi vous me ramenez un costard marron, alors ?!"

Règle n° 7 (facultative) : humilier les gens. Ça découle de la règle n° 6, mais c'est juste pour en rajouter une couche tu vois, au cas où le débile profond aurait pas tout à fait compris la leçon : "Franchement, si vous êtes pas capable de comprendre ça, j'ose même pas imaginer le reste !"
Tu t'enfonces, quoi. Tu t'es pas encore assez défoulé, faut que tu frappes encore une fois. Parce que t'es quelqu'un de sanguin, et surtout t'es orgueilleux, donc il faut bien que tout le monde soit au courant que la boulette n'est pas de toi, mais du débile d'en face. En général, tu t'arranges pour qu'il y ait des témoins, ça renforce ton sentiment de supériorité, et l'avanie n'en est que plus drôle à tes yeux.

Si tu fais tout ça avec les gens, tu peux être sûr qu'ils te respecteront : ils se rendront pas du tout compte que si t'es comme ça, c'est pour refouler ton manque de confiance en toi, et pour asseoir une pseudo autorité (la même que celle qui t'a tant fait souffrir quand t'étais môme : "range ta chambre sinon t'auras affaire à moi !" ou bien "T'as eu 18 en maths ? T'aurais pu avoir 20 !"). Ils se rendront pas du tout compte des tes incohérences non plus, et ils te pardonneront tes erreurs, puisque tu sais si bien pardonner les leurs aux autres.
Nan franchement, si t'es comme ça, je t'admire. Faut avoir un sacré courage pour se rendre, aux yeux des gens, encore plus con que ce qu'on est vraiment.